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samedi, 19 septembre 2020

 
 

 

Chine : inondations et sécurité au travail

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Par China Labour Bulletin

La semaine dernière, une fuite de gaz dans une usine chimique de Leshan, dans le Sichuan, a révélé une fois de plus à quel point de nombreuses installations de production en Chine sont vulnérables aux événements climatiques extrêmes.

La fuite s’est produite le 18 août, lorsque les dirigeants de la société Yongxiang Polysilicon Co. se sont empressés de suspendre la production et de couper l’électricité et l’eau en raison de graves inondations dans la région. Cette procédure peu sûre a entraîné l’émission d’un nuage toxique de chlorure d’hydrogène par l’usine.

Un épais brouillard à l’odeur âcre s’est progressivement formé au-dessus de la ville, entraînant la panique des habitants. On a signalé de longues files de voitures alors que les gens tentaient de s’enfuir. Les autorités locales ont d’abord nié qu’il y ait eu une fuite de gaz, mais ont ensuite confirmé que l’usine chimique était coupable.

Étant donné que le risque d’inondation était bien connu plusieurs jours avant que les autorités du Sichuan n’élèvent au plus haut niveau le contrôle et la réaction face aux inondations, le matin du 18 août, la question doit être posée. Pourquoi les dirigeants de Yongxiang Polysilicon Co. n’ont-ils pas veillé à ce que la production soit arrêtée en toute sécurité avant que la menace d’inondation ne devienne imminente ?

Les médias locaux ont rapporté que les normes de sécurité étaient laxistes et qu’un autre incident s’était produit dans la même installation le 13 juillet 2015, au cours duquel un vaste nuage de fumée a jailli d’une des tours de distillation à la suite d’un incendie.

Le même jour que la fuite de gaz de Leshan, une grue à tour d’un chantier de construction dans le comté de Huidong, dans le Sichuan, s’est effondrée lors d’une forte pluie. Les enquêteurs ont déclaré que l’averse avait déclenché un glissement de terrain, qui a fait tomber la grue.

Comme nous l’avons signalé en juin, il y a eu une série d’accidents impliquant des grues à tour cette année. La carte des accidents du travail du China Labour Bulletin a enregistré au moins 28 de ce type d’incidents depuis janvier, contre seulement 13 accidents dans les mines de charbon, ce qui fait du grutier l’une des professions les plus à risque en Chine aujourd’hui.

La réduction des coûts et le manque d’entretien essentiel par les sociétés privées de location de grues qui dominent l’industrie ont entraîné des fissures, des boulons desserrés et des défaillances de joints, qui rendent les grues encore plus vulnérables aux vents violents et aux fortes pluies.

De nombreux accidents de travail tragiques auraient pu être évités si les travailleurs n’avaient pas été placés directement sur les lieux des dangers créés par les conditions météorologiques extrêmes. Par exemple, 11 ouvriers du bâtiment, qui effectuaient des opérations de dragage dans un canal à Shenzhen lors d’une tempête de pluie le 11 avril 2019, ont été tués suite à une crue soudaine. La tempête a été soudaine, mais les ouvriers auraient dû avoir tout le temps nécessaire pour s’échapper si la sécurité avait été une priorité.

Et en mai 2016, 36 ouvriers du bâtiment ont été tués lorsque 100 000 mètres cubes de roche et de boue se sont écrasés contre un dortoir d’ouvriers et un immeuble de bureaux sur le site d’une extension de la centrale hydroélectrique de Chitan, dans le comté de Taining, au Fujian. Des pluies torrentielles avaient inondé la région pendant plusieurs jours auparavant, rendant le site dangereusement instable.

Les lieux de travail mal construits constituent un autre risque majeur pour les travailleurs en cas de conditions météorologiques extrêmes. En mai de l’année dernière, par exemple, un travailleur est mort et deux autres ont été blessés lorsque de fortes pluies et des vents violents ont détruit un bâtiment fragile d’une usine de traitement des eaux usées à Tianjin.

En 2015, le CLB a enquêté sur les conséquences des puissantes tornades qui ont balayé le delta de la rivière des Perles le 4 octobre dernier, tuant six personnes et en blessant plus de 200 autres. La majorité des victimes étaient des travailleurs employés dans les centaines d’ateliers et d’usines des villes de Shunde et Panyu, situées dans le delta. De nombreuses usines situées sur le passage des tornades étaient mal construites, n’avaient pas de plan d’évacuation d’urgence et de nombreux travailleurs n’avaient pas d’assurance médicale ou d’accident du travail pour couvrir leurs frais médicaux. De plus, le nombre de victimes aurait été beaucoup plus élevé si la plupart des usines n’avaient pas été fermées pour la fête nationale, avec seulement un personnel réduit en service.

L’absence de contrôle et d’application des règles de sécurité au travail dans des conditions normales d’exploitation est un problème systémique. Pourtant, face à des événements climatiques extrêmes, le fait que les employeurs continuent de privilégier les profits et la productivité au détriment du bien-être des travailleurs et des communautés met en évidence ce manque de responsabilité et le besoin urgent de changement.

Voir en ligne :
China labour bulletin

Article publié par le China Labour Bulletin, le 26 août 2020
Traduction rédaction A l’Encontre (www.alencontre.org)