Réseau Syndical International de Solidarité et de Luttes


jeudi, 23 septembre 2021

 
 

 

La misère des enfants mineurs en République démocratique du Congo alimente les profits des entreprises technologiques et automobiles

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Congolese Renaissance Movement est membre du Réseau syndical international de solidarité et de luttes.

Depuis la première ruée vers l’Afrique jusqu’à aujourd’hui, la classe ouvrière congolaise, et les pauvres de ce pays ont enduré toutes sortes d’horreurs, de répression, d’exploitation et d’oppression dues au pillage et la barbarie impérialistes. La coercition du travail pendant le régime du caoutchouc sous le roi Léopold II de Belgique a sapé le développement à long terme de la République démocratique du Congo. Le règne du roi fut sanglant et brutal, c’était un régime d’exploitation qui s’appuyait sur le travail forcé pour cultiver et commercialiser le caoutchouc, l’ivoire et les minéraux.

L’histoire du Congo est une litanie de vols et de conflits. Du trafic d’esclaves à la brutale colonisation belge, en passant par la manipulation de la guerre froide et donc les guerres qui ont suivi ; ceux qui ont payé le prix et souffert le plus sont la classe ouvrière et les pauvres. Le pays a fourni des esclaves pour les plantations de canne à sucre, du caoutchouc pour les pneumatiques, de l’uranium pour la bombe atomique utilisée à Hiroshima et Nagasaki, du coltan pour les appareils mobiles et, aujourd’hui, du cobalt pour les batteries lithium. Le cobalt est important pour la fabrication des batteries rechargeables au lithium utilisées dans de nombreux produits vendus par les entreprises technologiques et automobiles. Bref, la richesse minérale du Congo a alimenté les économies du monde occidental pendant des centaines d’années.

Depuis une dizaine d’années maintenant, la révolution numérique mondiale a été rendue possible par des endroits comme les mines de cobalt de Kapata, Kasulo, Kamilombwe, Mutoshi, pour ne citer qu’eux. Les plus grandes sociétés minières du monde s’approvisionnent auprès de petits exploitants artisanaux (ASM) qui extraient le cuivre et le cobalt de la terre à la main, avec peu ou pas de protection. Le cobalt est très important pour les constructeurs automobiles et les acteurs de la chaîne d’approvisionnement mondiale, qui cherchent à répondre à l’augmentation rapide de la demande de véhicules électriques et de batteries. Le réchauffement climatique menace notre planète, et une réduction rapide et spectaculaire des émissions de carbone est cruciale. Les véhicules à batterie sont donc la solution la plus prometteuse, mais dans un avenir prévisible, ils dépendent du cobalt, un minerai que l’on trouve principalement en République démocratique du Congo, où le travail des enfants et les conditions d’exploitation minière dangereuses sont monnaie courante et à l’ordre du jour.

Les entreprises de technologie et d’électricité du monde ont fait subir à la classe ouvrière et aux pauvres la plus récente vague de répression cruelle, d’exploitation et d’oppression alimentée par la cupidité, la corruption, la maximisation des profits et l’accès à des matières premières bon marché. En conséquence, des enfants sont tués dans des effondrements de tunnels ou perdent des membres, et souffrent d’autres blessures horribles causées par des accidents miniers. C’est le coût élevé de l’exploitation du cobalt que les enfants paient lorsqu’ils extraient ce précieux minerai de la terre. Le travail des enfants est un problème extrêmement complexe dans le pays, car il est lié à un niveau élevé de pauvreté, d’inégalité, de rareté des services sociaux, d’emplois alternatifs et d’éducation.

L’extrême pauvreté implique que le travail dans les mines est une nécessité pour certains enfants, qui n’ont d’autre choix que de travailler dans les mines sans protection. D’autres enfants travaillent dans les mines pour obtenir de l’argent afin d’acheter de la nourriture, des vêtements, de s’occuper de leur famille et de payer leurs frais de scolarité. Sans masque ni casque, ils descendent dans les puits sans protection et mettent leur vie en danger pour remonter à la surface des roches incrustées de minéraux. D’autres enfants travaillent assis sur les rochers à la surface, sans équipement de protection, et recueillent les minéraux qu’ils trouvent, tamisent les roches et les résidus miniers, trient les minéraux, puis les lavent pour pouvoir les transporter.

Bien que les enfants de moins de 18 ans ne puissent légalement travailler dans les mines du Congo, la loi est généralement ignorée pour toute une série de raisons économiques et sociales. Le rôle joué par le gouvernement national ne semble pas porter ses fruits dans l’élimination du travail des enfants, car le Code minier 2002 et ses règlements contiennent des orientations limitées en matière de santé et de sécurité, et extrêmement peu de dispositions visant à protéger les droits des mineurs artisanaux en matière de travail, ainsi qu’un manque de capacité au sein des agences gouvernementales pour surveiller et appliquer les mesures de protection et améliorer les conditions de travail et de vie des mineurs artisanaux.

De nombreux enfants commencent à travailler dans les mines dès leur plus jeune âge, et les familles dont les revenus et les ressources économiques sont limités en viennent à dépendre de l’argent que leurs enfants gagnent grâce aux activités minières. L’exploitation minière artisanale à petite échelle est devenue une source de subsistance pour plusieurs personnes dans le pays. L’exploitation minière des enfants est encore exacerbée par le problème de la mise en œuvre des politiques publiques en faveur de la protection des enfants, les ressources publiques limitées pour l’éradication du travail des enfants et l’absence d’une éducation de qualité dans les communautés minières. Les enfants mineurs ne sont pas protégés contre les risques pour la santé et la sécurité et lorsqu’il y a négligence, les plus grandes sociétés minières du monde sont peu enclines à verser des compensations adéquates.

Un procès a été intenté contre les cinq plus grandes entreprises technologiques et automobiles du monde (Alphabet, Apple, Dell, Microsoft et Tesla) à Washington DC en 2019. Ces entreprises sont accusées d’avoir été complices de la mort d’enfants en République démocratique du Congo qui ont été forcés d’extraire du cobalt, un métal utilisé pour fabriquer des téléphones, des ordinateurs et des voitures électriques. Les entreprises ont participé à un système de travail forcé qui a entraîné la mort et des blessures graves chez les enfants mineurs. Ces entreprises de fabrication de gadgets et de voitures les plus riches et les plus sophistiquées du monde ont permis que des enfants soient blessés et tués dans le but d’obtenir du cobalt et d’autres minéraux précieux à bas prix. Cependant, ces entreprises ont cherché à rejeter l’affaire, invoquant le fait qu’elles n’ont aucun contrôle sur les conditions dans les sociétés minières.

La question que toute personne rationnelle devrait se poser est la suivante : ces entreprises du secteur de la technologie et de l’automobile ne contribuent-elles pas à la poursuite des conflits dont la classe ouvrière et les pauvres portent le poids et qui compromettent le développement de la République démocratique du Congo ?