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samedi, 13 août 2022

 
 

 

Etats-Unis : la démocratie syndicale l’emporte dans l’UAW

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Une proposition visant à démocratiser le vote au sein du syndicat de l’automobile UAW [qui syndique au de-là de ce secteur] a été massivement adoptée par référendum, marquant ainsi la fin du système de vote des délégués, vieux de plusieurs décennies.

La proposition, connue sous le nom de « un membre, un vote », permettra aux membres du syndicat de voter directement pour les membres du bureau exécutif de l’UAW, composé de 13 membres, qui est chargé de superviser le syndicat qui compte plus de 600 sections locales réparties dans huit régions. Mercredi soir, la proposition en faveur du vote direct avait officiellement obtenu suffisamment de voix pour être adopté, avec 63 % des voix pour la mesure et 37 % pour le vote par délégués. Environ 84 % des votes avaient été dépouillés.

Au cours des 70 dernières années, le syndicat, qui compte 400 000 membres, a appliqué un système de vote par délégués dans lequel les membres élisent des représentants qui votent lors d’un congrès très contrôlé. Les détracteurs de ce système affirment qu’il a favorisé la corruption au sein du syndicat, en accordant une forte place aux membres du conseil d’administration en exercice et à ceux qui sont favorisés par la direction en place ; ce système a essentiellement conduit le syndicat à devenir une sorte de parti unique.

Les partisan·es du nouveau système affirment que le système « un·e membre, une voix » pourrait conduire à un conseil d’administration plus diversifié, doté d’un système d’équilibre des pouvoirs et ont également déclaré que cela conduirait à des résultats plus représentatifs et plus équitables pour les membres du syndicat.

Sheila Kulkarni, diplômée de l’Université de Californie et membre de la section 2865 de l’UAW de Santa Barbara, a déclaré à Truthout que le principe « un membre, un vote » constituait « une formidable victoire pour l’ensemble de l’UAW ».

« Avec l’adoption des élections directes, l’UAW a une chance de reconstruire sa combativité et s’inscrire dans mouvement ouvrier américain qui renaît », a-elle ajouté.
Certain·es affirment que la réforme du système de vote ouvrira une ère de changement pour le syndicat. Les résultats montrent que les membres « rejettent le comportement et les pratiques du bloc politique bien établi et choisissent un nouveau territoire inexploré pour remodeler l’UAW en un syndicat viable dont nous avons si désespérément besoin », a déclaré Frank Hammer, ancien président de la section locale 909 de l’UAW et représentant des retraité·es de l’UAW- General Motors.

Au début de l’année, le référendum a été rendu obligatoire par un décret de consentement du ministère de la Justice après qu’une enquête fédérale a révélé que 11 hauts responsables, dont deux anciens présidents du syndicat, ont participé à des détournements de fonds, des rackets et touché des pots-de-vin, ce qui a valu au syndicat la réputation d’être gangrené par la corruption. L’année dernière, le ministère de la justice a reproché à l’UAW de ne pas avoir « traité le problème de la fraude, de la corruption et de l’illégalité dans ses propres rangs » dans ce qui pourrait être l’un des plus grands scandales syndicaux de l’histoire des États-Unis.

Les responsables et des permanents syndicaux ont dépensé plus d’un million de dollars de l’argent du syndicat en produits de luxe comme des vacances à Palm Springs et des cigares. Entre 2009 et 2016, les dirigeants ont également accepté plus de 3,5 millions de dollars de pots-de-vin de la part de Fiat Chrysler afin de léser les travailleurs dans le processus de négociation.

Unite All Workers for Democracy (UAWD), tendance syndicale partisane de la réforme du système de vote, a célébré les résultats de l’élection mercredi et a noté qu’il y a encore du travail à faire. « Le travail de notre caucus [rassemblement] ne fait que commencer. Nous invitons tous les membres de l’UAW à nous rejoindre dans notre lutte contre les concessions [faites aux patrons], et la corruption. Nous construirons un syndicat fondé sur la solidarité, et non sur le partenariat avec les directions », a déclaré le président de l’UAWD, Scott Houldieson, dans un communiqué.

D’autres ont également célébré les résultats. « Ces derniers temps, le système actuel de délégués a contribué à alimenter une grande corruption au sein de l’UAW, où un petit groupe a conservé le pouvoir par l’intimidation et d’autres pratiques contraires à l’éthique », a déclaré Connor Gorman, membre de l’UAWD et ancien administrateur de la section locale 2865 de l’UAW, qui représente les étudiants de Californie. « Le passage à un système de vote direct pour le bureau exécutif est la première de nombreuses étapes pour faire de l’UAW un syndicat plus fort, plus militant et plus démocratique. »

Ce vote intervient à un moment crucial pour le mouvement syndical, alors qu’une vague de grève déferle sur le pays. Un tel changement au sein de l’UAW, l’un des plus grands syndicats des États-Unis, pourrait non seulement inaugurer une nouvelle ère pour le syndicat, mais aussi marquer une étape importante dans ce qui semble être un moment de transformation pour le mouvement syndical, selon les défenseurs de sa cause.

Le personnel académique [dans les universités] - qui représente environ un cinquième des membres du syndicat - a été une force d’organisation importante dans la campagne pour la réforme. La plus grande unité académique du syndicat, la section locale 2865, a voté de manière décisive en faveur d’un membre, un vote, avec 80 % des voix en faveur de la mesure. Les étudiants diplômés ont cherché à adhérer à l’UAW en raison du manque d’autres ressources d’organisation pour les étudiants et de l’échec des syndicats à organiser les travailleurs dans leurs industries respectives.

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Publié par Truthout

30 novembre 2021
Sharon Zhang,

Traduction Patrick Le Tréhondat