Réseau Syndical International de Solidarité et de Luttes


dimanche, 7 août 2022

 
 

 

Iran : Des milliers d’enseignant·es se sont rassemblé·es et mobilisé·es dans tout le pays

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Trois jours de protestation sans précédent d’enseignant.es en Iran

Un mouvement d’enseignant.es sans précédent a eu lieu les 11, 12 et 13 décembre 2021, sans précédent par le nombre de participant.es, de villes du pays engagées et le fait de débuter le premier jour de la semaine (le samedi étant le premier jour de la semaine en Iran).

Le Conseil des associations syndicales des enseignant.es d’Iran avait appelé à une grève sous forme de fermeture des classes et sit-in dans les établissements scolaires de deux jours et des rassemblements de rue pour le 13 décembre. Cet appel a été largement entendu. Il y a eu environ 70 villes où la grève a été suivie le premier jour pour passer à 120 le second. Les rassemblements des enseignant.es pour le 13 décembre ont été massifs de sorte que pour des villes comme Chiraz (province du Fars) et Sanandaj (province du Kurdistan) plusieurs milliers de manifestants étaient dans la rue. A Téhéran, la capitale, les enseignant.es ont choisi de se rassembler devant le Madjles (le parlement) où des forces de sécurité ont tenté de les attaquer mais finalement elles ont été repoussées.. La police politique a quand bien même arrêté Rassoul Bodaghi, un enseignant qui a déjà fait au total 7 ans de prison pour ses activités syndicales.

Les enseignants ont plusieurs revendications dont les deux principales sont l’augmentation des salaires et des pensions de retraite. Alors qu’un salaire mensuel de 12 millions de tomans (environs 375€) est un minimum en dessous duquel les salariés sont sous le seuil de pauvreté, le salaire moyen d’un.e enseignant.e avec plusieurs années d’ancienneté est de 7 millions de tomans. Les enseignant.es n’ont pas abandonné d’autres revendications comme celle d’une éducation gratuite et de qualité vu que depuis plusieurs années celle-ci a été de plus en plus privatisée et inégalitaire. Iels exigent aussi la libération de leurs collègues emprisonnés entre autres EsmaïlAbdi, Mehdi Fat’hi, Mohammad-Reza Ramazanzadeh et de nouveau Rassoul Bodaghi. Les autres revendications concernent la précarité des enseignant.es non titularisé.es et l’absence de droit d’étudier pour les enfants dans leur langue maternelle. En effet le régime actuel comme le précédent impose la langue persane comme officielle alors qu’en Iran plusieurs langues sont parlées comme le kurde, le turc, l’arabe etc.

Les enseignant.es ont organisé ces trois jours de protestation alors que le gouvernement présente son budget au Madjlespour l’année prochaine (année iranienne commence le 21 mars). Ce budget ne comprend que 13% d’augmentation pour l’éducation nationale alors que l’une des multiples institutions idéologiques du régime a 180% d’augmentation !

Un autre fait marquant de ces 3 jours de protestation enseignante était des écoliers et lycéens qui sont venus soutenir le mouvement ou des enseignant.es de la ville d’Ispahan qui ont signalé que des élèves ont été gravement blessés à l’œil pendant les récentes protestations dans cette ville contre la crise de l’eau, finalement réprimées.

Les enseignant.es ont participé à trois jours de mouvement d’ampleur, mais cela n’est pas la fin, car l’on a entendu dans les rassemblements du 13 décembre : Si nos problèmes ne sont pas pris en compte, les classes ne se tiendront pas.


Aujourd’hui, 13 décembre, en réponse à l’appel du Conseil de coordination des organisations culturelles, les enseignant·es ont organisé des rassemblements dans tout le pays, après deux jours de grève et de sit-in dans les écoles, pour faire valoir leurs revendications. Ces rassemblements et manifestations ont eu lieu à Téhéran devant le parlement islamique et dans les centres provinciaux, et dans les villes et villages, devant les départements de l’éducation.

Les grèves et sit-in des enseignant·es de ces deux derniers jours, qui ont eu lieu dans 150 villes, ont été suivis de rassemblements massifs et glorieux dans différentes villes aujourd’hui. Selon les rapports, des rassemblements ont eu lieu jusqu’à présent dans 27 provinces et dans plus de 60 villes, dont : Téhéran, Karaj, Qom, Yazd,Tabriz, Ispahan, Genaveh, Bandar Abbas, Saqez, Marivan, Bukan, Yasuj, Dehdasht, Kilk, Ahvaz, Izeh, Andimeshk, Behbahan, Ramhormoz, Karkheh, Shiraz, Noorabad Mamasani, Alam Rudasht, Khorramabad, Azna, Doroud, Babol, Sari, Rasht, Shahrekord, Lordegan, Ardabil, Zanjan, Urmia, Semnan, Kerman, Qazvin, Mashhad, Golpayegan, Gorgan, Amol, Hamedan, Malayer, Arak, Takestan, Bijar, Kermanshah, Siran, Gachsaran, et Noorabad Lorestan.

Les enseignant·es présent·es aux rassemblements de ce jour ont scandé « si nos problèmes ne sont pas résolus, les écoles seront fermées ». Ils et elles ont ainsi souligné leur résolution de poursuivre les rassemblements et les luttes. De grandes foules d’enseignant·es ont pris part aux rassemblements de protestation de la journée dans différentes villes. Par exemple, des milliers de personnes ont participé au rassemblement de Shiraz, et à Téhéran, un rassemblement plus important que précédemment a eu lieu. À Téhéran, les forces de sécurité ont tenté de disperser un rassemblement d’enseignant·es, mais ont été repoussées par la résistance des enseignant·es et les slogans qu’ils ont scandés à leur encontre, et le rassemblement a continué.

À Mashhad, outre les enseignant·es employé·es et retraité·es, les retraité·es des services de la route, de la santé, des chemins de fer, de l’agriculture, du sang et des banques ont également participé. À Nurabad, Lorestan, un grand nombre d’enseignant·es se sont rassemblé·es et ont défilé. À Shiraz, la foule était très nombreuse et des milliers de personnes ont participé aux slogans « enseignant·es debout pour éliminer la discrimination », « libérer les enseignant·es emprisonnés ». Une atmosphère enthousiaste de protestation a régné dans tous les rassemblements d’enseignant·es.

À Saqqez, au Kurdistan, une grande foule d’enseignant·es s’est rassemblée devant le bâtiment de l’éducation en scandant « Nous sommes tous Amanj » et a protesté contre le passage à tabac de l’enseignant protestataire Amanj Amini et la répression du gouvernement.

La principale revendication de ces rassemblements est la mise en œuvre complète du classement des emplois pour les enseignant·es employés, l’égalité des salaires pour les enseignant·es employé·es et la libération des enseignant·es emprisonné·es. Le parlement islamique doit se prononcer demain sur les salaires et l’emploi des enseignant·es et les enseignant·es ont prévenu que s’il ne répond pas à leurs demandes, les écoles seront fermées dans les prochains jours pour une durée indéterminée.

Les protestations généralisées des enseignant·es ont attiré l’attention de toute la société. Les banderoles des étudiant·es en soutien aux revendications et aux luttes des enseignant·es ont été significatives lors de ce cycle de protestations. Les nouvelles des protestations ont été largement rapportées par divers groupes de médias sociaux. Le Conseil pour l’organisation des protestations des travailleurs contractuels du pétrole a également annoncé son soutien aux revendications et aux luttes des enseignant·es. L’arrestation de Rasoul Badaghi, membre du conseil d’administration du syndicat des enseignant·es d’Islamshahr, le 11 décembre, a suscité de nombreuses protestations. Des organisations d’enseignant·es de différentes villes ont exprimé leur dégoût face à son arrestation et l’ont condamnée.
Le Conseil de coordination des syndicats de la culture a également déclaré dans un communiqué que les enseignant·es ne se laisseront pas intimider par ces arrestations et ces attaques.

Au niveau mondial, quatre syndicats, l’Organisation centrale suédoise des travailleurs, LO, le Syndicat suédois des travailleurs du transport, le Syndicat suédois de la métallurgie, l’Union municipale (municipalités) et le Syndicat national suédois des enseignant·es, ont condamné l’arrestation de Rasoul Badaqi.

« Nous sommes ici aujourd’hui pour avertir le parlement que si le projet de loi d’évaluation est mis en place et approuvé tel quel, et que la péréquation des paiements des retraités n’est pas mise en œuvre, nous continuerons nos protestations généralisées. Si le gouvernement et les institutions de sécurité pensent que l’arrestation de M. Rasoul Bodaghi, le représentant du Conseil de coordination, le procès de M. Jafar Ebrahimi, l’inspecteur du Conseil de coordination des enseignant·es, le passage à tabac de M. Amanj Amini, et l’emprisonnement de M. Mohammad Reza Ramezanzadeh, M. Ismail Abdi et M. Mehdi Conquerors peuvent arrêter nos luttes et nos revendications, ils se trompent complètement. »

Dans sa résolution, le conseil de coordination souligne également l’unité globale des enseignant·es et avertit le parlement que si le plan de classement des emplois et d’égalité des salaires n’est pas pleinement mis en œuvre, les protestations des enseignant·es se poursuivront de manière plus intensive dans tout le pays.

Portfolio


Voir en ligne :
Vidéo sur la grève

13 décembre 2021
Publié par https://free-them-now.com/