Réseau Syndical International de Solidarité et de Luttes


mercredi, 18 mai 2022

 
 

 

Soudan : les cheminot·es et les travailleurs.euses de la santé sont à la tête des grèves

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Les comités de résistance appellent à la « désobéissance civile totale » après la mort de sept manifestants.
L’assassinat de sept militants révolutionnaires au Soudan le dimanche 17 janvier a déclenché une nouvelle vague de défiance dans tout le pays, avec deux jours de grève et de désobéissance civile les 18 et 19 janvier. Les militants ont été abattus par les forces de sécurité et l’armée au cours de manifestations exigeant une transition immédiate vers un régime civil et rejetant le régime militaire qui a pris le pouvoir le 25 octobre.

Sara Abbas, militante soudanaise, explique. « L’armée intensifie la violence, et cela ne va faire qu’empirer. Les hôpitaux de Khartoum sont attaqués depuis des semaines, les médecins sont régulièrement battus, des gaz lacrymogènes sont déployés dans les locaux et les manifestant·es blessé·es sont arrêté·es (enlevé·es de leur lit).

L’augmentation massive des prix de l’électricité montre que le régime a un problème de liquidités. Le meurtre récent d’un officier de police a été imputé à un jeune révolutionnaire, qui a été arrêté. « Il est clair pour la plupart des Soudanais·es que ce meurtre a été perpétré par des éléments du régime pour justifier l’usage barbare de la violence, notamment l’utilisation d’armes anti-aériennes, de bombes sonores, de balles réelles, et le tir délibéré de bombes lacrymogènes à la tête et au visage des manifestant·es (aujourd’hui, tous les décès ont été causés par des balles, mais beaucoup de décès ces dernières semaines sont dus à des traumatismes en raison de l’impact des bombes de gaz visant la tête). Les membres du comité de résistance ont été confronté·es la semaine dernière à une campagne d’arrestations plus agressive que d’habitude. »

La coordination des comités de résistance de l’État de Khartoum, un organe composé de délégué·es des comités de quartier qui ont mené le mouvement de protestation en réponse au coup d’État militaire, a lancé un appel à la grève générale et à la désobéissance civile les 18 et 19 janvier.

« Nous appelons tous les révolutionnaires à fermer complètement Khartoum et à ériger des barricades partout. Nos barricades les terrifient et leur rappellent que nous sommes la plus forte et la plus grande armée de ce pays. Nous appelons tous les salarié·es, les employé·es et les ouvrier·es partout à établir leurs comités sur les lieux de travail, et à bien coordonner ces comités avec les comités de résistance pour préparer la grève générale et la mise en œuvre de la désobéissance civile. »

Coordination des comités de résistance de l’État de Khartoum

Les militant·es de tout le pays ont répondu à l’appel. Les travailleur·euses de la santé avaient déjà annoncé l’arrêt du travail non urgent dans les hôpitaux. Le comité directeur du syndicat des cheminot·es soudanais basé à Atbara a appelé les travailleur·euses soudanais·es à se joindre à une grève générale politique et à la désobéissance civile en réponse à la fusillade des manifestants.

L’Association des travailleur·euses soudana·ses pour la restauration des syndicats a déclaré sur Facebook que les syndicats et comités directeurs syndicaux suivants avaient annoncé leur soutien aux grèves et à la désobéissance civile :

Déclaration commune

  • L’Union des technologies de l’information et des communications - branche de Khartoum
  • Le syndicat des travailleurs de l’entreprise de services de câbles électroniques
  • Le syndicat des travailleurs de l’université Al-Gezira
  • L’Union des pharmaciens d’entreprise, État de Khartoum
  • Comité préparatoire de l’Union des pharmaciens, État de Khartoum
  • L’Union des pharmaciens communautaires
  • L’Union des pharmaciens du gouvernement
  • Le syndicat des travailleurs de l’université de Khartoum
  • Syndicat des travailleurs de la pétro-énergie
  • Comité préparatoire de l’Union des infirmières soudanaises
  • Comité préparatoire de l’Union vétérinaire soudanaise
  • La coordination des cadres médicaux
  • Le comité préparatoire des psychologues soudanais
  • Le syndicat des travailleurs de l’université de Nyala ont déclaré : « En tant qu’organes syndicaux élus, nous appelons les travailleur·euses des secteurs liés à nos membres à s’engager dans une désobéissance civile totale les 18 et 19 janvier. Nous devons nous organiser sur les lieux de travail pour faire de la bataille pour vaincre le coup d’État militaire, mener une bataille pour construire les syndicats. Les syndicats démocratiques sont les plus efficaces pour préparer les grèves successives et garantir des niveaux élevés de participation démocratique à la grève et à la désobéissance civile totale

    . »

Même le pouvoir judiciaire et les procureurs sont en révolte contre la répression militaire. Les principaux procureurs ont demandé l’annulation d’un nouveau décret qui accorde aux forces de sécurité l’immunité de toute responsabilité légale. Dans une déclaration publiée le 18 janvier, 48 procureurs adjoints et chefs de parquet ont déclaré : « Vous savez que de tels ordres ne peuvent pas prévaloir sur la loi ; c’est ce qui leur a donné libre cours pour commettre ces violations et ces crimes et a lié les mains du ministère public, une situation qui conduit à l’impunité. »

Entre-temps, 55 juges, dont des membres de la Cour suprême du Soudan, ont condamné les meurtres et exigé que leurs auteurs soient jugés. « À la lumière de ces graves violations représentées par les exécutions extrajudiciaires et la violence excessive qui n’a exclu personne, nous condamnons dans les termes les plus forts et dénonçons fermement ces violations, et nous affirmons, sur la base de nos devoirs constitutionnels et juridiques, que ces violations doivent cesser immédiatement et qu’elles ne doivent pas passer sans que les auteurs soient soumis à une enquête criminelle, à la justice et qu’ils n’échappent pas à la punition. »

Ce que vous pouvez faire :

  • Signez la Déclaration de Solidarité avec le Soudan - approuvée par la conférence d’urgence de Solidarité avec le Soudan, forte de 200 personnes, le 6 décembre
  • https://menasolidaritynetwork.com/sudansolidaritydeclaration/
  • Envoyez un message de protestation à Liz Truss, ministre des Affaires étrangères, pour demander au gouvernement britannique de rejeter toute participation de l’armée au futur gouvernement du Soudan et de tenir les putschistes responsables de leurs crimes.
  • Adoptez une résolution dans votre section syndicale en solidarité avec la révolution soudanaise.

Merci à Sara Abbas pour la traduction de la déclaration des comités de résistance de Khartoum et des déclarations des procureurs et des juges.

Voir en ligne :
Publié par le Réseau de solidarité MENA

Publié par le Réseau de solidarité MENA
20 janvier 2022

Traduction Patrick Le Tréhondat