Réseau Syndical International de Solidarité et de Luttes


vendredi, 24 septembre 2021

 
 

 

Ukraine : les livreur·euses de Bolt en grève après une baisse de salaire de 50 %

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Les livreur·euses de Bolt en Ukraine, comme de nombreux travailleur·euses de l’économie parallèle dans le monde, ne bénéficient d’aucune couverture médicale lorsqu’ils et elles ont des accidents du travail et ne bénéficient que peu de droits, voire aucun. En Ukraine, quelque 70 livreur·euses de nourriture de Bolt mènent une grève numérique après que leurs salaires ont été réduits de 50 %, une mobilisation qui s’appuie sur le mécontentement des livreur·euses face à l’absence de couverture santé et à la réduction des primes, un phénomène de plus en plus récurrent à l’échelle mondiale. Les employé·es de la plate-forme désactivent leurs applications chaque jour à 14 heures, ce qui rend difficile pour l’entreprise de répondre aux commandes de nourriture du soir.

Pour l’ensemble des livreur·euses « les coûts de transport sont les mêmes, les risques sont les mêmes, et l’argent est deux fois moins important. C’est scandaleux ! » déclare Artem, un coursier de Bolt. Comme de nombreux livreur·euses en grève, son sac à dos porte un autocollant de soutien à la grève.

Selon lui, les salaires des livreur·euses sont également réduits par la nécessité de payer les réparations constantes des vélos ou des scooters.

« Pendant sept jours de huit à dix heures de travail, un livreur·euse parcourt plus de 1 000 kilomètres au milieu du trafic urbain. Chaque jour, on est confronté à des nids de poule sur la route, il faut constamment réparer, remplacer certaines pièces », dit-il. « Nos revenus ne couvrent plus les risques ».

Le fondateur de Bolt est milliardaire et les travailleur·euses luttent pour leur salaire

Si Bolt est une marque familière aux États-Unis pour ses scooters verts de covoiturage disséminés dans les zones urbaines, ailleurs dans le monde, l’entreprise rivalise avec Uber en tant que service de livraison, avec 75 millions de clients en Afrique et en Europe, notamment en Europe de l’Est. En Ukraine, Bolt compte 3,5 millions de client·es servi·es par moins de 100 livreur·euses.

L’entreprise est évaluée à plus de 2 milliards de dollars, selon son fondateur estonien Markus Willig, et a levé 20 millions de dollars de fonds auprès de la Banque mondiale cette année. Avec une levée de fonds totale de 596 millions de dollars, la société cherche à s’étendre davantage en Afrique et prévoit d’accaparer des marchés en Amérique latine et en Asie- Pacifique par le biais d’accords de franchise.

Pourtant, alors que M. Willig, 27 ans, est devenu la troisième personne la plus riche d’Estonie grâce aux bénéfices de Bolt, les livreur·euses qui sont confronté·es quotidiennement à des conditions de travail dangereuses ne reçoivent aucun revenu lorsqu’ils sont blessés et ne peuvent pas travailler.

« On entend constamment parler de livreur·euses qui ont un accident, qui reçoivent un traitement médical, qui subissent une opération », explique Artem. «  Si vous souffrez vous-même, il doit y avoir un certain "matelas" pour que vous ne mouriez pas de faim, au moins pendant la durée du traitement. »

Les travailleur·euses de Bolt en Ukraine réclament le retour à l’ancienne structure de primes et de paiements, ainsi qu’une rémunération pour l’attente des commandes dans les restaurants. Ils veulent également une assurance maladie et une assurance vie et affirment que l’entreprise devrait prendre des mesures pour garantir l’immatriculation des scooters [dans l’application].

Les travailleur·euses de la plateforme s’unissent pour réclamer des droits

Bien avant que la pandémie de Covid-19 ne stimule les services de livraison à domicile, la demande de livreur·euses et d’autres travailleur·euses essentiel·les a augmenté dans le monde entier. Mais parce qu’ils et elles sont classé·es comme « entrepreneurs indépendants », les travailleur·euses des plateformes n’ont pas droit aux mêmes avantages que les travailleur·euses de l’économie formelle et ne sont généralement pas couvert·es par le droit du travail du pays où ils et elles travaillent.
À l’instar des travailleur·euses de Bolt en Ukraine, les livreur·euses du Nigeria à la Colombie s’unissent pour revendiquer leurs droits fondamentaux à un travail décent - des salaires décents, des protections sociales comme les soins de santé, et des mesures visant à améliorer la sécurité au travail.

Les travailleur·euses du concurrent ukrainien de Bolt, l’entreprise espagnole Glovo, ont fait pression pour obtenir une augmentation des salaires et une assurance payée, dénonçant au passage des conditions de travail brutales. Dans toute l’Ukraine, les syndicats sont engagés dans des campagnes pour toucher les travailleur·euses de la gig economy, une campagne dont George Sandul, avocat spécialisé dans les droits des travailleur·euses, parle en détail dans le podcast de Solidarity Center.

En Colombie, les livreur·euses de la plateforme Rappi ont formé l’année dernière le syndicat des travailleur·euses de la plateforme (UNIDAPP), afin de lutter contre la fluctuation des taux de rémunération pour les différents travaux de livraison, les amendes inexpliquées infligées par l’entreprise et l’interdiction arbitraire faite aux travailleur·euses de la plateforme d’accepter des travaux.

Les travailleur·euses de Bolt dans d’autres pays se mobilisent également. Plus tôt cette année, l’Independent Workers’ Union de Grande-Bretagne a protesté contre le manque de sécurité des chauffeurs après le meurtre du livreur de Bolt Gabriel Bringye. Une étude publiée par l’Université d’Oxford en mars a révélé que Bolt et Amazon avaient les pires conditions de travail pour les travailleur·euses de la gig economy au Royaume-Uni.

À Tbilissi, en Géorgie, les employé·es de Bolt se sont mis·es en grève en mars pour protester contre la baisse des salaires et ce qu’ils et elles appellent un système de primes manipulé et des licenciements injustifiés. Les livreur·euses géorgien·nes de Glovo ont également protesté au printemps dernier contre l’absence de couverture médicale pour les accidents du travail et les modifications apportées à l’algorithme de l’application, qui rendent plus difficile l’obtention de commandes.

Les livreur·euses de Bolt à Lagos, au Nigeria, qui font partie de la Professional E-hailing Drivers and Private Owners Association, se sont mis en grève en avril pour protester contre les mauvaises conditions de travail et de rémunération. Bolt a récemment été contraint d’augmenter ses tarifs au Kenya après que les livreur·euses de Nairobi aient menacé de faire grève en raison du prix élevé du carburant.
Comme le dit Artem, « nous devons leur rappeler que dans une entreprise de livraison de nourriture, les coursiers sont ceux qui livrent réellement, et que sans eux, l’entreprise n’existe pas.  »

Voir en ligne :
Solidarity Center

7 septembre 2021
Tula Connell

Traduction Patrick Le Tréhondat